Le Dasein

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Qu'est ce que le Dasein?

Généralement, il est répondu à cette question par une traduction sommaire du Dasein en "être-là" ou "réalité humaine" ou "existant humain". Ensuite s'ensuit une liste d' existentiaux ou attributs du Dasein:l'être-dans-le-monde, ce qui est d'ailleurs une erreur c'est un être-au-monde , l'être-avec avec des - car souvent traduit d'un seul mot allemand,dans ce cas là Mitsein. Nous reviendrons sur ces existenciaux plus tard.
En réalité, pour répondre à cette question il convient d'abord de se poser celle du pourquoi du Dasein.
Le Dasein est donc un concept dévoilé par Martin Heidegger (1889-1976) dans son œuvre majeure :"Sein und Zeit"(Etre et temps 1927).
Quel est le travail préliminaire qui mène au Dasein?
Heiddeger contrairement à Sartre ne s’intéresse pas à l'être de la conscience, mais à l'être en général.
Heidegger est un phénoménologue, élève de Edmund Husserl(1859-1938) ,la conscience humaine et l'homme en général ne serait être des objets,(je pose les objets intuitionnés par ma conscience mais je ne pose pas ma conscience elle même) la substance pensante de Descartes ou l'animal doué de logos(raison) d'Aristote.
C'est pourquoi il appelle le Dasein: Dasein et non pas homme ou existence humaine pour rompre avec cette tradition qui a déjà défini l'homme.
Or seul les etants (simplement les choses qui sont ) sont définissables(ils sont d'ailleurs les objets de la science) ce qui ne peut être le cas de l'être de l'homme ,l'homme qui est un étant mais qui est le seul étant à se poser la question de son être. En ce sens Heidegger se pose en héritier de la philosophie grecque puisqu'il se penche à nouveau sur la question de l'être tombé pour lui dans l'oubli. C'est en étudiant Franz Brentano(1838-1917), Aristote : les diverses acceptions de l'être (1862), qu'il se passionnera pour cette question.
mais qu'est ce que cette question de l’Être pour Heidegger? .
Tel qu'il le dit l'être est le concept le plus vide et pourtant le plus universel. En effet le verbe être par exemple est un verbe qu'on utilise à propos de tout mais avec une diversité extrême de type d’être que cela révèle avec donc un sens différent à chaque fois .
On l'utilise constamment en comprenant très bien ce qu'on comprend par là.
Qu'elle en est donc l'unité?
Il s'agit pour Heidegger de la question principale en philosophie.
Durant le grand temps de l'antiquité(jusqu'à Aristote), Parménide, Platon, Aristote avaient affronté cette question mis cette question en évidence comme fondamentale.
Ainsi Parménide pose que l'être est et que le non être n'est pas, vérité tautologique( logique) qui lui permet de fonder la pensée sur l'être et non sur les choses absentes(non être) ou en devenir(non stable et non présente).
Il fonde ainsi le principe d'identité ,de non contradiction , l'être étant la vérité contrairement à la doxa.
Mais qu'est que l'être?
Vous avez surement déjà compris qu'on ne pouvait précisément pas le définir.
Heidegger nous dit dans Sein un Zeit(1927) :
Nous ne savons pas ce que «être» veut dire, mais pour poser la question nous nous situons déjà dans une entente de «est», c’est-à-dire dans une compréhension courante et vague, non conceptuelle.

En effet, Aristote est le premier à nous dire que l’être ne peut avoir de définition vu qu'il n'a pas de genre plus large. Toute définition fait appel à un genre.
Une table est (genre) un meuble.
Un homme est un (genre) animal (prédicat)raisonnable.
Tout définition est médiate faisant appel à une autre définition or l'être est immédiat sans intermédiaire.
il n'y a donc rien à médier.
Mais si l’être n'est pas définissable Heidegger nous dit :
L’être n’est ni dérivable définitionnellement de concepts supérieurs, ni exposable à l’aide de concepts inférieurs. Mais suit-il de là que l’« être » ne puisse plus poser de problème ? Nullement. Tout ce qu’il est permis d’en conclure, c’est ceci : l’«être» n’est pas quelque chose comme de l’étant. Par suite, le mode de détermination de l’étant justifié dans certaines limites —la« définition » de la logique traditionnelle, qui a elle-même ses fondations dans l’ontologie antique —n’est pas applicable à l’être. L’indéfinissabilité de l’être ne dispense point de la question de son sens, mais précisément elle l’exige.

L'être est donc ce qui ne se donne pas mais il est la condition de tout ce qui se donne.
Mais comment accéder au sens de l'être et le questionner?
Comme chez Sartre ce qui est logique vu que Sartre est influencé par Heidegger : l’être humain est cet étant privilégié, précisément parce qu’il est celui qui interroge, et plus précisément qui interroge l’étant sur son être et s’interroge lui-même sur son être (sur son type d’être, sur son existence et son essence).
C’est pourquoi, le moyen privilégié d’approcher l’être en général est d’approcher d’abord l’être de l’étant qui interroge.
Il faut donc rendre transparent cet étant celui qui s'interroge sur son être.
Cet étant que nous sommes toujours en nous même et qui a la possibilité de questionner est le Dasein.
Le Dasein est donc l’étant humain qui est un étant parmi d'autre mais qui est le seul à se questionner sur son être. Sartre avait traduit Dasein par condition humaine ce qui est faux si on parle de la condition humaine au sens de sens de la vie problèmes moraux etc.
C'est beaucoup trop réducteur comme nous le verrons.
Mais quand Hamlet se pose la question :"être ou ne pas être" il s'agit bien d'un étant humain se posant la question de son être.
Hamlet ou un Dasein toujours individuel s'interroge. (Le Dasein est toujours individuel comme l'essence chez Sartre).
A la question pourquoi le Dasein on peut répondre que le Dasein est simplement un objet préliminaire pour accéder à l’être, au sens de l'être. Le rapport entre le Dasein vis à vis de son être Heidegger le nomme Existence.Mais comme pour l'être on ne peut définir le Dasein en donnant de lui une définition qui exprimerait sa réalité car il a toujours à être son être.
L’être même, par rapport auquel le Dasein peut se comporter de telle ou telle manière et vis-à-vis duquel il a toujours une certaine attitude, nous le nommons existence. Et comme la détermination de cet étant dans son essence ne peut s’accomplir en donnant de lui une définition qui exprimerait sa réalité; comme son essence repose bien plutôt en ce qu’il a, chaque fois, à être son être en tant que celui ci n’est qu’à lui, c’est le terme Dasein, pure expression d’être, qui est choisi comme marque distinctive de cet étant.

Maintenant nous pouvons tenter d'expliciter ce qu'est le Dasein. L'existence est le mode d'être propre au Dasein. Seul le Dasein existe les autres etants sont. L'existence du Dasein se manifeste par des existenciaux qui sont en fait des catégories véritables propriétés du mode d'être du Dasein.
L'être-au-monde et non pas comme on peut le lire parfois l'être-dans-le-monde ou la conscience devient un objet du monde.
Le Dasein est relation au monde. il est inséparable du monde.
il séjourne au prés de , il est familier avec Le Dasein est en relation constante avec son environnement. Il est inséparable de son monde familié et habituel , privé et public.
Le Dasein s'exprime aussi dans l'usage et l'utilisation d'outils qui s'instrumentalisent donc. Ceux ci sont des etants que nous utilisons dans nos projets. Cet aspect du dasein se rattache au monde de l'usage de la quotidienneté. Les outils sont des être-sous-la-main.
Il n'y a pas de séparation sujet/objet ce qui est un des points essentiels de la phénoménologie. Les objets nous façonnent comme nous les façonnons.
Il y a donc interpénétration ente le Dasein et les etants qui forment son environnement ambiant.
Contrairement à Husserl il n'y a pas de réduction du sujet à la conscience pure ,de retour aux essences mais on peut considérer comme nous le verrons plus tard que l'angoisse qui nous ramène à notre être authentique est une forme de réduction sauvage.
Le Dasein est aussi inséparable de sa culture et de son histoire. Il s'agit là d'un point de départ important pour mieux saisir l'être du Dasein dans son attitude la plus temporelle et fréquente tel qu'il se manifeste d'abord et le plus souvent dans une attitude la plus spontanée :son être quotidien.
Ainsi, il existe une vraie phénoménologie du Dasein Une interprétation ou herméneutique.
Le Dasein est individuel. Heidegger est un existentialiste pour qui l'existence précède l'essence et l'essence de chaque individu est individuelle. Le Dasein n'est donc pas l'essence de l'humanité. Le Dasein est existence et indétermination de son existence.
Le Dasein est donc individuel et la question de l'être est propre à chacun. Chacun a sa propre existence à trouver , à construire par ses actes Et donc à excercer sa liberté car comme dira Sartre :"L’homme est condamné à être libre".
Le Dasein est aussi possibilités dans lesquelles nous projetons et nous nous projetons.
Mais le Dasein le plus fréquemment ne se trouve pas dans son être propre pris dans la quotidienneté ,aspiré dans ce que Heidegger nomme la dictature du "on" de l'être ou du sens commun. L'être de la moyenne il perd donc ce qui lui est propre et sombre dans l'inauthenticité. Inauthenticité qui appartient malgré tout au Dasein. Le "on" est l'opinion publique, l'habitude , le fait de ne pas ou de ne plus penser par soi même. Mais nous ne pouvons nous départir de ce "on". car l’individu sans culture sans "on" n'est rien le "on" est assez négatif mais il est nécessaire ,il nous est impossible de l’éviter. Ce qui nous pousse à nous poser la question :le Dasein n'arrive t'il jamais à se retrouver en propre? Comme le dit Heidegger par le "on" "chacun est l'autre, aucun n'est lui même". Comment retrouver son être propre? sortir de l'aliénation constituée par les autres? Se retrouver soi même? sortir de l'attitude du "on".
Le dévalement :le déchoir dans l'être commun c'est notre propre mode d'être le plus proche de nous et ce n'est donc pas notre être authentique. Mais il est possible de se réapproprier cet être authentique, de s'y ouvrir à nouveau.
L'angoisse est le contraire du "on" de la moyenne sans objet précis on la fuit dans le divertissement que sont les etants du monde social C'est l'angoisse qui nous permet d'être à présent à nouveau dans notre être propre , authentique. Pour Sartre, l'angoisse est ce qui nous permet d’éprouver notre liberté.
C'est une peur d'un étant du monde , la perte de la familiarité d'avec le monde ,l'ustensilité du monde qui disparait. L'angoisse rejette le Dasein vers quoi justement il s'angoisse son propre pouvoir d'etre au monde.

1. Daseinanalyse
Récapitulons !
Le Dasein (non sujet) est en fait l'Homme , l'existant qui est different du vivant =pas un animal subsistant sinon on parlera de l'essence de l'espece. Il n'est donc pas l'animal raisonnable d'Aristote ou le sujet de Descartes ,la chose pensante qui est hors du monde il est relation au monde dans un être-au-monde. Un être pour lequel "être" est un probleme ,source d'angoisse, qui s'interoge sur son être.
Le Dasein est le rapport à la totalité de ce qui est sur sa signification au monde.
L'angoisse: l'être est en question dans son être c'est un être temporel toujours en avant de lui même.
L'instant present est le projet , d'un être sans cesse projeté en avant de lui même.
Un être hanté par son passé.
Un être qui se temporalise ,un être temporel.
C'est aussi aussi un être hanté par la mort sa propre finitude.
Un être "pour" la mort .
Je me pense toujours en fonction de cet horizon.
Il est aussi un être-jeté jeté dans la vie avec une essence à construire par ses actes libres , un être pour la liberté comme dit Sartre.
Le Dasein est en rupture avec Aristote.
L'Homme ne se manifeste plus par sa raison mais par son être.
Rupture aussi avec le sujet cartésien avec sa chosification et sa réification de l'humain.
L'essence du Dasein tient dans son existence sa temporalité tout est pour lui dans sa possibilité.
L'exister du Dasein c'est toujours être confronter à des possibilité multiples dans:
- L'authenticité.
- L'inauthenticité.
- La mort :la possibilité de non- possibilité.
- Tomber malade.
c'est l'existence qui ne cesse d'être confronté à des possibilités. Le Dasein cesse d’être le sujet cartésien encore présent chez Husserl.
L'existence est temporelle donc toute répétition est interdite. il n'y a pas d’authenticité.
Toujours du nouveau, ce qui est bien différent de la causalité ,des répétitions de la nature physique.
Il n'y a pas de répétitions dans les relations humaines. Chaque relation est différente.
"on ne se baigne jamais 2 fois dans le même fleuve" disait Héraclite Pour conclure : le Dasein concept fondamental de la philosophie existentiale et donc ontologique(à la différence de l’existentiel(non à la lumière de l'être) doit être compris dans sa relation au "sein" et donc à l'être, c'est à dire dans son ouverture à l'être.
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